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SUJETS D'ACTUALITE | – 6 Min

Les chocs géopolitiques aggravent les risques systémiques à long terme pour les émetteurs souverains

By MALIKA TAKHTAYEVA 08.07.2022

In this article:

    D’après Malika Takhtayeva, la guerre en Ukraine contribue à exacerber ou à compliquer des risques plus fondamentaux et généralisés liés au changement climatique et à l’énergie pour les émetteurs souverains.

    Nous avons tous bien conscience des conséquences majeures de la guerre sur les marchés financiers, les matières premières et sur les économies du monde entier.

    Dans un récent article de blog, nous avons montré comment l’approvisionnement alimentaire pâtit de la crise et quel impact celle-ci pourrait avoir sur la pérennité de l’alimentation à plus long terme.

    Cependant, ainsi que le montre l’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (cf. Graphique 1), la hausse des prix des denrées alimentaires posait déjà problème avant le conflit.

    Les chocs de prix observés récemment s’ajoutent à une tendance inflationniste qui, selon nous, se serait de toute manière poursuivie au cours de l’année 2022 en raison de conditions météorologiques défavorables liées au changement climatique et de la hausse du coût des engrais et de l’énergie nécessaires à la production alimentaire.

    Ces pressions inflationnistes mettent en évidence la nécessité pour les gouvernements d’apporter une réponse plus adaptée aux risques climatiques physiques et de se tourner vers des méthodes alternatives de production alimentaire.

    Parmi les aléas climatiques physiques récents, citons une grande sécheresse dans l’État américain du Kansas, producteur de blé, ainsi que d’importantes pénuries d’eau au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie.

    La croissance démographique et la dépendance aux importations ont rendu les autorités de ces régions particulièrement vulnérables à l’insécurité alimentaire et ces dernières sont poussées à agir. L’Inde, par exemple, a interdit les exportations de blé à la suite d’une vague de chaleur record.

    Ces tensions devraient s’accentuer. Les Nations unies ont récemment montré dans quelle mesure le changement climatique peut accroître la durée, la fréquence et la gravité des sécheresses, et les pénuries d’eau devraient toucher deux fois plus de personnes en 2050 qu’aujourd’hui.

    Il ne s’agit pas seulement des cultures. En Californie, où l’enneigement est sensiblement moins important cette année qu’à l’habitude, les pénuries d’eau limiteront vraisemblablement la capacité de production d’hydroélectricité et d’autres sources d’énergie. En outre, l’incidence accrue des incendies de forêt menace les communautés et les moyens de subsistance et les dommages en résultant pourraient s’élever à des milliards de dollars.

    Pénurie d’énergie

    Avant même la guerre en Ukraine, les gouvernements étaient confrontés à une hausse des prix de l’énergie et à une crise de l’approvisionnement énergétique mondial, car les économies rebondissaient dans un contexte d’accélération de la demande après les périodes de confinement.

    La demande en énergie a été satisfaite principalement par les combustibles fossiles, ce qui a entraîné une forte augmentation des émissions de CO2. L’augmentation des émissions mondiales liées à l’énergie a été majoritairement causée par l’utilisation accrue du charbon ; ces émissions ont augmenté de plus de deux milliards de tonnes en 2021, ce qui représente leur plus forte augmentation annuelle jamais enregistrée en termes absolus.

    Les sanctions imposées à la Russie ont mis en évidence la dépendance de nombreux pays de l’Union européenne à l’égard de l’énergie russe, en particulier au gaz naturel. Si l’Union européenne a convenu d’abandonner le pétrole russe, il sera plus compliqué de remplacer le gaz. À défaut de technologies adéquates en matière d’énergie renouvelable ou d’électrification, les préoccupations liées à la sécurité énergétique vont à l’encontre de la décarbonation et des objectifs de neutralité carbone.

    Les énergies renouvelables peuvent connaître une croissance rapide dans le secteur de l’électricité, mais, comme le souligne REN21 dans son Renewables 2022 Global Status Report (rapport sur la situation mondiale des énergies renouvelables en 2022), les énergies renouvelables représentent encore seulement 12,6 % de la consommation énergétique finale totale (soit, en y intégrant le transport, le chauffage et la climatisation), et seulement 4 % dans le secteur des transports, ce qui représente un tiers de la consommation énergétique globale.

    Ceci a poussé les émetteurs souverains européens à se tourner vers d’autres exportateurs d’hydrocarbures que la Russie ; certains de ces autres fournisseurs ont toutefois des antécédents douteux en matière de respect des droits de l’Homme, y compris de nombreux pays au Moyen-Orient.[1] Notons, en toute franchise, que si les risques climatiques physiques sont généralisés à travers le monde, il est clair que ces risques sont plus graves pour les pays producteurs de pétrole et de gaz.

    S’il nous semble évident qu’il soit nécessaire d’accélérer les investissements dans les infrastructures vertes et les énergies renouvelables pour apporter des solutions à la dépendance énergétique, la réalité est aussi celle des gouvernements forcés d’accepter des arbitrages et des compromis afin de préserver la sécurité énergétique et de diversifier les approvisionnements en dehors de la Russie.

    L’utilisation accrue (ou plus longue) des centrales au charbon[2] ou des centrales nucléaires en ont fait partie, ou encore les efforts visant à se rapprocher de pays disposant de riches ressources en pétrole ou des exportateurs de gaz, connus pour avoir bafoué les principes démocratiques ou réprimé la dissidence. Le récent rapprochement entre l’administration américaine et l’Arabie saoudite ou les efforts de l’Union européenne pour s’approvisionner en gaz naturel liquéfié auprès du Qatar en sont des exemples[3].

    Une telle « indulgence » pourrait sans doute être perçue comme une atteinte à la crédibilité des gouvernements en matière d’ESG.

    Risques sociaux et politiques

    La hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires devrait avoir des répercussions sur les finances publiques, par exemple sur la balance des paiements qui pourrait se détériorer.

    Cela altère la capacité des gouvernements à répondre aux défis macroéconomiques et aux déséquilibres budgétaires existants. Cela pourrait également entraîner des bouleversements sociaux et politiques, voire des violences et des émeutes rappelant les émeutes de la faim des années 2007-2008 et 2011-2012.

    Ces événements mettent en évidence l’étroite relation existante entre l’insécurité alimentaire et les conflits, et ont suscité un intérêt croissant pour comprendre la manière dont les chocs des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, ainsi que la concurrence qui s’exerce pour l’exploitation des ressources naturelles, dont l’eau, peuvent contribuer à créer une instabilité politique et des troubles sociaux.

    Nous remarquons que les troubles sociaux peuvent être réellement néfastes pour l’économie. Les recherches du FMI ont montré que 18 mois après l’apparition de troubles importants, le PIB reste inférieur d’environ un point de pourcentage à ce qu’il aurait été autrement.

    L’indice Reported Social Unrest index (« indice de l’agitation sociale relayée ») du FMI est désormais proche d’atteindre sont niveau le plus haut depuis le début de la pandémie. D’après l’outil Global Conflict Tracker, 27 conflits et guerres font rage actuellement dans le monde.

    En somme, nous pensons que les émetteurs d’obligations souveraines sont confrontés à des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) importants, en particulier les pays où les prix des importations de produits alimentaires sont élevés (cf. Graphique 2), où les cadres de gouvernance sont fragiles, et dont l’exposition aux risques sociaux est déjà négative.

    Si la guerre en Ukraine a entraîné des chocs de prix, il est nécessaire de se pencher sur les moteurs plus fondamentaux, y compris le changement climatique et les coûts énergétiques, afin de limiter les risques liés à l’inflation pour les émetteurs souverains et, par extension, les investisseurs obligataires.

    Références

    [1] Les Nations unies suivent les progrès réalisés en matière de respect des droits de l’Homme, notamment le nombre de traités relatifs aux droits de l’Homme internationaux ratifiés par les pays ; voir également – Tableau de bord du HCDH   

    [2] Voir par exemple « Amer, mais nécessaire » : l’Allemagne se tourne vers le charbon pour remplacer le gaz russe | Actualité climatique | Sky News, L’Allemagne redémarre ces centrales au charbon tandis que le rival de Boris Johnson dénonce « l’incohérence » des taxes sur l’énergie (telegraph.co.uk), La Pologne et l’Ukraine augmentent leur production de charbon en 2022 pour faire face aux mois d’hiver | Reuters   

    [3] Voir par exemple Les antécédents du Qatar en matière de respect des droits de l’Homme passés en revue par les États membres des Nations dans l’Examen périodique universel | Groupe de défense des droits dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord

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