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PERSPECTIVES D'INVESTISSEMENT | – 17 Min

Perspectives des marchés obligataires – Des marchés sous pression

Dans cet article

    • L’économie américaine est confrontée à un ralentissement de la demande, qui demeure néanmoins soutenue, ainsi qu’à d’importants chocs d’offre négatifs. Les taux directeurs devraient s’établir entre 4,25 % et 4,50 % d’ici la fin 2022. De nouvelles hausses de taux en 2023 sont tout à fait possibles si l’inflation sous-jacente ne ralentit pas rapidement.
    • Dans la zone euro, la hausse des prix de gros de l’énergie va continuer de peser sur les consommateurs. L’augmentation des coûts de production exercera une pression sur les marges des entreprises, qui n’auront guère d’autre choix que de les répercuter sur les consommateurs. Ces facteurs, conjugués à la dépréciation de l’euro, alimenteront la hausse de l’inflation dans les mois à venir.
    • Les rendements réels aux États-Unis sont revenus à des niveaux où les investisseurs peuvent s’attendre à une relative stabilité tandis que les banques centrales resserrent leurs politiques afin de stabiliser les anticipations d’inflation. Reste à savoir si l’inflation va enfin marquer le pas, ce qui permettrait à la Fed d’assouplir sa politique avant que des fissures plus profondes n’apparaissent sur les marchés mondiaux.

    L’illusion d’une désinflation parfaite

    L’économie américaine est confrontée à la fois au ralentissement d’une demande encore soutenue (conséquence des largesses monétaires et budgétaires consenties en réponse à la pandémie) et à d’importants chocs d’offre négatifs (dus aux mesures de confinement en Chine, au recul de la mondialisation et au conflit en Ukraine). 

    Face à des niveaux d’inflation globale et sous-jacente très supérieurs à l’objectif, ce qui risque de désancrer les anticipations d’inflation, et à un marché du travail très tendu qui tire les salaires à la hausse, la réponse appropriée consiste à adopter une politique budgétaire et/ou monétaire plus stricte. 

    Le degré de resserrement nécessaire de la politique de la Fed dépendra de l’évolution de l’inflation. Les statistiques récentes soulignent l’ampleur et la persistance de la dynamique inflationniste. La forte augmentation des salaires et du coût du logement alimente l’inflation des services, et l’écart entre l’accroissement de la productivité et la progression des salaires ne laisse guère penser que la situation va s’améliorer rapidement ou qu’une récession pourra être évitée. 

    S’il est probable que l’inflation des biens commence à décélérer à la faveur de la diminution des ruptures d’approvisionnement et de la vigueur du dollar américain, les perturbations persistantes liées au conflit en Ukraine et aux confinements qui se succèdent en Chine pour lutter contre l’épidémie de Covid pourraient à nouveau pousser les prix à la hausse. 

    Un scénario de désinflation « parfaite », qui verrait disparaître les nouvelles créations d’emploi (mais sans aucune destruction d’emplois) et les pressions salariales se normaliser, est, à notre avis, illusoire. Il est à craindre que l’inflation soit plus enracinée et plus structurelle que beaucoup ne le croient, et qu’un léger ralentissement ne suffise pas à la vaincre.

    Notre hypothèse de travail est que les rendements réels doivent être plus élevés qu’au terme du dernier cycle de relèvement des taux à la fin de 2018. À l’époque, les taux directeurs avaient atteint 2,75 % et l’inflation sous-jacente des dépenses personnelles de consommation (PCE) était à peine de 2,1 % (contre 4,9 % actuellement).

    Après avoir reculé en juillet, les rendements réels dépassent désormais les niveaux observés à la fin de 2018 (cf. graphique 1).  Un objectif raisonnable pour les rendements réels des échéances intermédiaires (à 5 ans dans 5 ans) se situerait selon nous entre 1,5 % et 1,9 %, étant donné que les rendements réels à terme s’établissent souvent à un niveau proche du taux de croissance économique potentiel – que nous fixons à environ 1,75 %.

    Toutefois, le rendement réel à 2 ans dans 2 ans pourrait encore augmenter de manière significative, la Fed utilisant le taux des fonds fédéraux comme instrument de politique.  Un objectif de 2,5 % sur le rendement réel à 2 ans dans 2 ans est plausible si la Fed doit appuyer plus fortement sur le frein monétaire.

    Nous pensons que le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (FOMC) doit continuer à porter ses taux directeurs à un niveau restrictif, ralentir ensuite le rythme des relèvements, puis les maintenir à ce niveau-là. Après la réunion du FOMC de septembre, les taux directeurs se situent entre 3,00 % et 3,25 %. Nous tablons sur une fourchette comprise entre 4,25 %et 4,50 % d’ici la fin de 2022, ce qui correspond aux anticipations actuelles du marché.

    De nouvelles hausses en 2023 sont tout à fait possibles si l’inflation sous-jacente ne ralentit pas rapidement. Si le président de la Fed, Jerome Powell, qui a déclaré qu’il continuerait à augmenter les taux jusqu’à ce qu’il ait des « preuves convaincantes » que l’inflation diminue, est fidèle à sa parole, le cycle de hausse pourrait en théorie durer encore un certain temps. 

    De façon plus réaliste, compte tenu du décalage dans la transmission de la politique monétaire, le FOMC décidera à un moment ou à un autre de marquer une pause afin d’évaluer l’impact des mesures de resserrement précédentes. À quel niveau la Fed pourrait-elle faire cette pause ? D’après nous, celle-ci ne pourrait être envisagée, au plus tôt, que lorsque les taux se situeront entre 4,75 % et 5,00 %. En effet, le taux des fonds fédéraux devrait au minimum rejoindre celui du taux d’inflation sous-jacente des prix à la consommation, qui est actuellement de 4,9 % (en glissement annuel).

    Plafonnement des prix de l’énergie et inflation

    L’évolution des prix de l’énergie continuera d’alimenter la volatilité de l’inflation globale dans la zone euro. En Italie, l’autorité de régulation du secteur de l’énergie a annoncé que les prix réglementés de l’électricité pour les ménages augmenteraient de 59 % au quatrième trimestre de cette année.

    Les mesures prises par les gouvernements, à l’instar du relèvement par la France du bouclier tarifaire sur les prix du carburant et de l’électricité au début de l’année prochaine, risquent d’attiser la hausse des prix au cours des prochains mois. Certaines mesures visent cependant à faire baisser l’inflation. L’Allemagne a ainsi annoncé un plan de 200 milliards d’euros pour limiter l’augmentation des factures de gaz et d’électricité des entreprises et des ménages. Bien que les modalités de sa mise en œuvre ne soient pas encore dévoilées, les propositions préliminaires suggèrent que le plafonnement des prix pourrait entraîner une baisse allant jusqu’à de 2 points de pourcentage du taux d’inflation globale en Allemagne au cours de l’année à venir. 

    Par ailleurs, des discussions plus larges concernant le plafonnement des prix du gaz naturel ont été engagées au niveau de l’UE. Bien que l’instauration d’un plafond sur les prix du gaz dans l’UE pourrait mettre en péril la sécurité de l’approvisionnement en gaz, un nombre croissant d’États membres soutiennent ce principe. Les détails de la mise en œuvre font l’objet de discussions, les options étudiées incluant un plafond sur le prix de tous les gaz, une « fourchette dynamique » ou une limitation du prix du gaz utilisé pour la production d’électricité ciblant spécifiquement le gaz russe. 

    Si l’évolution des prix de l’énergie au niveau des consommateurs dépendra du moment et de la manière dont les interventions nationales et européennes se concrétiseront dans les mois à venir, les perspectives concernant l’inflation sous-jacente sont plus claires. La hausse des prix de gros de l’énergie continuera de retentir sur les consommateurs dans les secteurs ne bénéficiant pas des mesures de soutien gouvernementales. L’envolée des coûts de production comprimera les marges des entreprises, lesquelles n’auront guère d’autre choix que de répercuter la hausse des prix sur les consommateurs. Ces facteurs, conjugués à la dépréciation de l’euro, renforceront la hausse des prix des biens industriels dans les mois à venir.

    Les pressions salariales vont-elles s’atténuer ?

    L’évolution des salaires déterminera l’éventuelle accélération de l’inflation dans la zone euro. Les pénuries de main-d’œuvre liées aux perturbations causées par la pandémie soutiennent les salaires, qui, de surcroît, pourraient également être tirés à la hausse par le niveau d’inflation élevé récemment constaté si les accords salariaux sont indexés sur le coût de la vie.  Par exemple, le syndicat, IG Metall, réclame une revalorisation salariale de 8 % sur une période de 12 mois dans le cadre du prochain cycle de négociations. 

    La combinaison d’un marché du travail tendu et d’une inflation réelle élevée continuera probablement à renforcer la résistance à la baisse des salaires réels, les travailleurs s’opposant à une forte réduction de leurs revenus réels en exigeant des augmentations de salaire substantielles. Certes, l’économie est déjà en train de ralentir, mais en raison du retard naturel des ajustements sur le marché du travail, les perspectives en matière d’emploi resteront probablement favorables. Jusqu’à présent, les entreprises se sont montrées généreuses, octroyant des primes exceptionnelles afin de compenser la perte de pouvoir d’achat de leurs salariés.

    Il n’est pas certain que les syndicats puissent obtenir une augmentation considérable des salaires. Dans le secteur des biens commercialisables, les fabricants, confrontés à la flambée des coûts de production et de l’énergie ainsi qu’à la concurrence internationale, seront certainement contraints de maîtriser les coûts de main-d’œuvre. Dans le secteur des services, la croissance de l’emploi commencera probablement à s’essouffler lorsque les effets du redémarrage des économies s’estomperont et que l’augmentation du coût de la vie freinera la consommation, ce qui pourrait contribuer à contenir la progression des salaires.

    Certaines enquêtes d’activité nationales, comme l’enquête Ifo en Allemagne, montrent que le climat économique reste particulièrement morose dans le secteur de la distribution. Les risques d’un approvisionnement en gaz naturel insuffisant pour l’hiver augmentent. Dans un scénario défavorable de rationnement de la fourniture de gaz aux entreprises industrielles, le régulateur allemand estime que le PIB serait amputé de 0,7 % à 1,6 %.  Ses effets secondaires affecteraient également la confiance des entreprises et des ménages. 

    La hausse inexorable de l’inflation a contraint le Conseil des gouverneurs de la BCE à accélérer le resserrement de sa politique, en dépit de l’assurance donnée par les responsables politiques d’une normalisation progressive. Dans leurs commentaires, les partisans d’un resserrement monétaire au sein du Conseil des gouverneurs ont souligné qu’ils entendaient porter les taux directeurs à des niveaux restrictifs et souhaitaient profiter de la fenêtre d’opportunité offerte par la trajectoire à court terme de la hausse des prix pour durcir davantage la politique. 

    Outre le relèvement des taux d’intérêt, il semble de plus en plus probable que le resserrement de la politique de la BCE passe également par la réduction de son bilan. Il existe deux canaux possibles pour ce faire. Premièrement, environ 2 200 milliards d’euros d’opérations ciblées de refinancement à long terme (TLTRO) arriveront à échéance d’ici la fin 2024. La BCE peut modifier la formule des TLTRO ou mettre en œuvre un nouveau système de hiérarchisation pour inciter les banques à rembourser leur TLTRO de manière anticipée. Deuxièmement, la BCE pourrait annoncer dans les prochains mois une réduction du montant des réinvestissements effectués après l’arrivée à échéance des obligations dans le cadre du Programme d’achat d’actifs (APP), ce qui serait un autre moyen de réduire le bilan. 

    L’augmentation des dépenses comme solution à la crise

    Sur le front de la politique budgétaire, les responsables politiques nationaux et européens cherchent à réduire la demande d’énergie et à protéger les consommateurs et les entreprises de la flambée des factures énergétiques. En outre, compte tenu de la nature du choc externe commun que constitue la crise russo-ukrainienne et de ses répercussions asymétriques surs les économies nationales, l’UE pourrait déployer des mesures de soutien budgétaires impliquant un partage du fardeau. 

    Néanmoins, les gouvernements de la zone euro ne peuvent pas se permettre d’accroître massivement l’émission de dette, étant donné que la BCE a cessé ses rachats d’emprunts d’État et a entamé son cycle de resserrement. Dans l’idéal, ces mesures devront être ciblées et sans incidence sur les recettes.  Pour les pays fortement endettés, comme l’Italie, la hausse récente des taux d’intérêt a déjà renchéri considérablement les coûts d’emprunt publics. Alors que la BCE continue de retirer des liquidités du marché, les investisseurs pourraient s’inquiéter de plus en plus de la viabilité budgétaire de l’Italie.

    L’économie britannique était déjà dans une situation difficile avant le chaos de septembre. Le Royaume-Uni a fait face à de multiples chocs d’approvisionnement majeurs qui ont lourdement grevé les niveaux de vie. 

    Tout d’abord, à l’instar de l’économie de la zone euro, le Royaume-Uni a subi de plein fouet les conséquences de la guerre en Ukraine sur l’approvisionnement énergétique.  Même si le Royaume-Uni n’importe pas directement de la Russie autant de gaz que la zone euro, il est néanmoins sensible à l’évolution des marchés de gros internationaux du gaz.

    Deuxièmement, si le Covid-19 semble avoir laissé ses stigmates sur l’offre de main-d’œuvre dans le monde entier, la pénurie de travailleurs a été particulièrement marquée au Royaume-Uni en raison des tensions au sein du système de santé primaire. En Grande-Bretagne, le nombre de personnes qui indiquent ne pas rechercher du travail parce qu’elles sont en congé de maladie de longue durée a augmenté d’environ 250 000 unités au cours de l’année écoulée. 

    En outre, la combinaison du Brexit et des confinements liés à l’épidémie de Covid-19 a également entraîné une réduction de l’offre de main-d’œuvre. Enfin, s’ajoutant aux ruptures d’approvisionnement liées à la crise sanitaire, la mise en œuvre de l’accord sur le Brexit a entravé les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’UE. Or, ces barrières pourraient augmenter en raison des tensions persistantes concernant la situation en Irlande du Nord.    

    Malheureusement, le Royaume-Uni n’est pas entré dans cette période de turbulences macroéconomiques en position de force sur le plan financier. Sa balance courante accuse un déficit important depuis un certain temps et la flambée du prix du gaz naturel aggrave cette situation déjà difficile. En conséquence, l’épargne nationale s’avère constamment insuffisante pour couvrir l’investissement domestique. Comme l’a dit un jour l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre (BOE), Mark Carney, le Royaume-Uni compte sur la « bienveillance des étrangers » pour joindre les deux bouts.

    Du reste, une analyse de la BoE suggère que le Royaume-Uni « a utilisé ses investissements à l’étranger passés pour financer son train de vie excessif » – ce qui signifie, globalement, que l’écart entre les exportations et les importations et les ventes nettes d’actifs britanniques par les investisseurs étrangers a été compensé par les ventes importantes d’actifs étrangers par les investisseurs britanniques. Bien sûr, ce processus ne peut durer indéfiniment et l’ampleur du déficit de la balance courante fragilise l’économie britannique. 

    L’attitude des marchés et le contexte budgétaire récent sont des facteurs importants pour la prochaine décision de la BoE concernant ses taux directeurs. Lorsque la banque est intervenue en achetant des Gilts afin de calmer la panique des marchés à la fin septembre, il était clair que la décision avait été prise en vue d’assurer la stabilité financière, qu’elle ne visait pas à plafonner les rendements des Gilts, et que les ventes actives pourraient s’opérer dès que marché aurait cessé de dysfonctionner. 

    À court terme, le marché de la livre sterling et celui des Gilts vont continuer à faire preuve de nervosité, car la source de volatilité macroéconomique est encore bien présente (cf. graphique 3). Actuellement, les politiques budgétaire et monétaire fonctionnent encore de manière antagoniste. D’après nous, le marché n’est pas encore convaincu que le cadre de politique macroéconomique du Royaume-Uni permette de juguler l’inflation à moyen terme.

    Obligations d’entreprises et marchés émergents

    Les spreads du crédit investment grade dans la zone euro (IG EUR) affichent à présent un écart substantiel par rapport à ceux des autres grands marchés du crédit. Sur une base relative, les spreads de la dette EUR IG s’établissent à près d’un écart-type au-dessus de la moyenne, alors qu’ils se situent au niveau de la moyenne ou légèrement au-dessus s’agissant, respectivement, de la dette à haut rendement de la zone euro et la dette en dollar US (cf. graphique 4).  D’une part, le creusement des spreads dans la zone euro reflète la réalité économique. La région est probablement déjà en récession, alors que les États-Unis ne devraient pas y entrer avant le troisième trimestre 2023. Reste à savoir si le niveau actuel des spreads de la zone euro anticipe un nouveau ralentissement à l’avenir.

    Nous pensons que tel est bien le cas. Bien que les choses puissent toujours empirer, bon nombre des scénarios les plus défavorables envisagés lors du déclenchement des hostilités en Ukraine en février se sont effectivement concrétisés. Les livraisons de pétrole et de gaz ont chuté de façon spectaculaire. D’autre part, les gouvernements des pays de l’UE semblent déterminés à amortir autant que possible l’impact économique de la flambée des prix de l’énergie. Même si les modalités pratiques sont encore à définir, les confinements liés à la crise du coronavirus ont enseigné aux gouvernements que l’emprunt est la meilleure réponse à une crise.

    Certes, cette stratégie a ses limites et elle est beaucoup plus coûteuse dans le contexte actuel où l’inflation et les taux d’intérêt sont nettement plus élevés qu’ils ne l’étaient en 2019. Néanmoins, nous pensons que les ménages et les entreprises bénéficieront de mesures de soutien substantielles tout au long de l’hiver et, comme cela a été le cas lors des périodes de confinement, le recul du PIB surestimera l’impact de la récession sur les finances des ménages et les bénéfices des entreprises. Cette stratégie sera probablement plus préjudiciable pour la devise et les rendements des emprunts d’État.

    La solidité des indicateurs de crédit est un autre facteur qui justifie notre confiance dans les perspectives des entreprises de la zone euro. Les ratios dette nette/EBITDA n’ont pas été aussi faibles depuis 2008. Les ratios charge d’intérêts/EBIT le sont encore plus. Les entreprises de la région ont profité de l’environnement antérieur de taux bas mis en place par la BCE pour se refinancer à des taux attractifs. Le niveau d’endettement absolu est certes beaucoup plus élevé (75 % plus élevé), et dès lors que les taux d’intérêt du marché sont positifs, la charge d’intérêt va augmenter. Pour autant, les entreprises jouissent au départ d’une situation solide et les investisseurs sont bien rémunérés.

    Il y a lieu cependant de s’interroger sur la résilience des bénéfices. L’une des nombreuses surprises de l’année en cours est que les prévisions de résultats des entreprises européennes (hors secteur des matières premières) ont augmenté alors que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’elles baissent. Les analystes ont maintenant eu amplement le temps d’intégrer l’incidence négative du conflit sur les bénéfices des entreprises, mais certains effets positifs n’ont pas non plus été pris en compte initialement. L’augmentation de 4 % du BPA 2022 (hors matières premières) de l’indice MSCI Europe depuis avril est à mettre à l’actif des valeurs financières qui bénéficient du retour des taux directeurs en territoire positif, mais aussi aux secteurs du transport et de l’automobile. Ces gains ont été contrebalancés par les révisions à la baisse des bénéfices des compagnies d’assurance et des établissements financiers diversifiés. Ces révisions ont été peu nombreuses jusqu’à présent en ce qui concerne les entreprises industrielles ou celles du secteur de la consommation cyclique. Par conséquent, même si les bénéfices fléchissent dans les mois à venir, les entreprises ne devraient pas avoir de difficulté à honorer leurs obligations.

    La dégradation des perspectives des entreprises américaines est sans doute encore à venir. Pour l’heure, les fondamentaux sont bons et la croissance économique reste solide (elle est même trop forte au goût de la Fed). Toutefois, dans ce contexte d’augmentation continue des taux directeurs et d’inflation élevée (tant pour les intrants que pour les salaires) qui comprime les marges, de plus en plus d’entreprises sont susceptibles d’émettre un avertissement sur leurs perspectives de bénéfices. Le changement de cap de la Fed interviendra probablement durant le premier semestre de l’année prochaine, mais au vu du niveau actuel des spreads, nous sommes neutres sur les perspectives du crédit américain et positionnés de manière défensive.

    Pays émergents

    Les marchés émergents ne sont peut-être pas exactement les victimes innocentes des évènements économiques et politiques survenus cette année, mais il est certain que la dette émergente a été pénalisée de manière disproportionnée, à l’exception notable de la dette en devise locale (cf. graphique 5). On pourrait s’attendre à ce que l’appréciation du dollar, la hausse des rendements des bons du Trésor et les tensions géopolitiques entraînent des retraits de capitaux importants au sein des portefeuilles. En réalité, la classe d’actifs a enregistré des entrées de capitaux pendant la majeure partie de l’année, les remboursements de la dette chinoise étant compensés par les flux d’investissement dans d’autres pays (selon les données de l’Institute of International Finance). La détention de titres par les investisseurs étrangers est encore faible d’un point de vue historique. Dans ce contexte, une stabilisation des taux aux États-Unis pourrait être suivie d’importantes entrées de capitaux. Un calendrier d’émissions plus modeste jusqu’à la fin de l’année devrait également soutenir la classe d’actifs. L’essentiel de la hausse du dollar et des rendements des bons du Trésor américain ayant déjà eu lieu, ce seront principalement les pays qui ont maintenant besoin de financer leurs déficits budgétaires et commerciaux à l’étranger à des taux d’intérêt plus élevés qui rencontreront le plus de difficultés.

    L’activité économique offre une image mitigée : environ la moitié des pays enregistrent une amélioration des indices des directeurs d’achat au cours des trois derniers mois, tandis que l’autre moitié voit ceux-ci se détériorer, bien que le niveau absolu soit supérieur à 50 pour la majorité des pays (63 %). Comme dans les marchés développés, l’inflation a continué de ressortir à un niveau plus élevé que prévu, incitant les banques centrales à se montrer moins conciliantes. Il semble toutefois que les anticipations se soient enfin alignées sur la réalité et les surprises à la hausse devraient être moins nombreuses à l’avenir. Les pays qui connaissent une inflation élevée et des taux d’intérêt réels négatifs vont devoir resserrer leur politique monétaire.

    En raison de la sous-performance importante de la dette en devise forte cette année, les spreads tutoient désormais les plus hauts niveaux enregistrés après la crise financière mondiale. Les spreads des obligations à haut rendement, des marchés frontières et de certains pays investment grade (par exemple, le Mexique, l’Indonésie et le Chili) offrent selon nous des valorisations attrayantes. Dans le segment du crédit d’entreprises, la dette investment grade d’Amérique latine et la dette à haut rendement asiatique sont les plus intéressantes. Le levier net des entreprises émergentes n’est que de 1,2x, soit son plus bas niveau depuis 10 ans (émetteurs investment grade : 1,0x ; émetteurs à haut rendement : 1,7x). Ces ratios peu élevés reflètent la prudence dont les entreprises ont fait preuve ces dernières années. Au lieu d’engager des dépenses d’investissement massives ou de redistribuer des liquidités aux actionnaires, elles se sont concentrées sur la gestion des passifs et l’assainissement des bilans.

    La dette émergente en devise locale a signé l’une des meilleures performances relatives cette année. Les taux réels demeurent négatifs dans toutes les régions, mais nous identifions des opportunités de valeur, notamment en Amérique latine et dans certains pays exportateurs de pétrole. Les devises émergentes ont également fait bien meilleure figure face au dollar américain que leurs homologues des marchés développés. Néanmoins, nous pensons que la stabilisation de l’appétit pour le risque à l’échelle mondiale devrait leur permettre de rebondir. En termes réels pondérés des échanges, nous décelons un potentiel de valeur dans la région CEEMEA (Europe centrale, Moyen-Orient, Afrique) et dans certaines devises asiatiques.

    Les principaux défis auxquels la Chine se trouve confrontée, à savoir la politique « zéro Covid » et un marché immobilier déprimé, ne sont pas prêts de disparaître. Il existe cependant des raisons de se montrer optimiste. La Chine développe un vaccin à ARNm qui, selon nous, va être déployé à un moment donné. Nous savons maintenant par expérience qu’une fois que la population d’un pays est suffisamment vaccinée et que les restrictions sont levées, l’activité économique rebondit rapidement. La résolution des problèmes du marché immobilier nécessitera plus de temps et, en tout état de cause, il est peu probable que celui-ci retrouve un jour l’importance qui était la sienne auparavant. Toutefois, le gouvernement augmente progressivement les mesures de soutien budgétaire, monétaire et réglementaire, ce qui devrait atténuer son impact négatif sur l’économie. À moyen terme, le pays devra enfin réorienter son économie en substituant la consommation à l’investissement comme moteur principal de la croissance.

    Conclusion

    Les marchés obligataires viennent de traverser leur pire période depuis les années 1970. Sans surprise, la normalisation des politiques monétaires non conventionnelles mises en place au lendemain de la crise financière mondiale se révèle être un processus douloureux, mais l’inflation déclenchée par le redémarrage des économies post-Covid et le conflit en Ukraine l’a rendu particulièrement pénible. Les rendements réels aux États-Unis sont tout au moins revenus à des niveaux où les investisseurs peuvent s’attendre à une relative stabilité dans les temps à venir, tandis que les banques centrales resserrent leurs politiques afin de stabiliser également les anticipations d’inflation. Reste à savoir si l’inflation va enfin marquer le pas, ce qui permettrait à la Fed de réorienter sa politique avant que des fissures plus profondes n’apparaissent sur les marchés mondiaux.

    Avertissement

    Veuillez noter que les articles peuvent contenir des termes techniques. Pour cette raison, ils peuvent ne pas convenir aux lecteurs qui n'ont pas d'expérience professionnelle en matière d'investissement. Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à la date de la publication, sont fondées sur les informations disponibles et sont susceptibles de changer sans préavis. Les équipes de gestion de portefeuille peuvent avoir des opinions différentes et prendre des décisions d’investissement différentes pour différents clients. Le présent document ne constitue pas un conseil en investissement. La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse, et les investisseurs sont susceptibles de ne pas récupérer leur investissement initial. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les investissements sur les marchés émergents ou dans des secteurs spécialisés ou restreints sont susceptibles d'afficher une volatilité supérieure à la moyenne en raison d'un haut degré de concentration, d'incertitudes accrues résultant de la moindre quantité d'informations disponibles, de la moindre liquidité ou d'une plus grande sensibilité aux changements des conditions de marché (conditions sociales, politiques et économiques). Pour cette raison, les services de transactions de portefeuille, de liquidation et de conservation pour le compte de fonds investis sur les marchés émergents peuvent être plus risqués.

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